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Pfeuh (Pierre Faller)

Pfeuh est un intervenant de Manoucheries, qui est à la fois un guitariste d'un bon niveau, un polyinstrumentiste et un musicien compositeur avec un bon sens de la mélodie. Voici quelques liens Internet vers ce qu'il fait:

- Le site de Pfeuh
- Le site de Swing67
- Le site du P'tit Musette
- Le site du groupe de Gaby

D'autres liens figurent dans le texte. J'ai souhaité lui poser quelques questions du fait de la façon toujours très propre de jouer et en rapport à sa musicalité célèbre localement. Quelqu'un d'aussi mélodique et musical a forcément quelque chose d'intéressant à dire!


A quel âge as-tu commencé la musique ? Et avec quel instrument ? Quand as-tu commencé la guitare ? Pourquoi la guitare ?

J'ai commencé la guitare à 14 ans. Tous les étés, mes parents me trainaient au camping, j'y ai vu en vrai mes premiers guitaristes. Ils jouaient tous extrêmement bien "Stairway to Heaven" et "le pénitencier". Les plus doués jouaient "les jeux interdits" ou un peu de picking. J'ai su immédiatement que jouer de la guitare ferait partie de ma vie, exactement comme quand à 10 ans j'ai vu ma voisine de palier, j'ai su que ce serait ma femme. Mon père m'en a payé une (une guitare, pas une Isabelle), mais en contrepartie, j'ai dû l'accompagner au Mandoline Club tous les mercredi soir, et aller deux ans aux cours de solfège qui m'ont à ma grande surprise vraiment passionné.

Quels sont les instruments dont tu joues ? Quels sont les styles que tu joues ? Qu’est-ce que le fait d’être polyinstrumentiste en musiques de tous horizons t’apporte ?

En fait, je suis plus un bricoleur qu'un véritable polyinstrumentiste. Je n'entretiens que la guitare tous les jours, le reste, c'est par périodes. Ce que ça apporte, c'est tout simplement une ouverture d'esprit. Chaque nouvel instrument redonne une envie quasi enfantine de composer.

Les premiers instruments que j'ai joués sont la guitare, la basse et les claviers. Un peu de batterie, mais juste pour la compréhension, je n'ai jamais eu aucun groove. C'était en fait les instruments du Rock, mes premières idoles étaient clairement Carlos Santana et Ritchie Blackmore, on était dans les Seventies.

Dans les autres styles que j'ai pratiqués, il y a la Country: J'ai dû apprendre les rudiments de la pedal steel guitar et du Dobro. La country est très populaire en Alsace.

Le MusetteMusette. Je m'y suis intéressé après avoir accompagné quelques accordéonnistes. J'ai acheté un petit accordéon. J'ai commencé à en jouer puis à écrire mes premières valses. En écrire sans jouer un minimum de l'instrument me paraît irrespectueux...

Le Latin. J'ai appris les principaux patterns du djembe (j'aime pas trop beaucoup ça, mais c'est l'instrument d'apprentissage par excellence), des congas, des timbales, des bongos et des petite percussions les plus courantes. Du coup, un bon dépoussièrage du piano et de la basse m'a paru indispensable. Puis un problème de canal carpien, et voilà les congas et les bongos qui me sont interdits à vie.

Je me suis récemment remis en question, ayant passé toute ma vie musicale quasiment à l'oreille alors que paradoxalement j'écris mes compos. Donc cours de sax et de flûte traversière, trois ans à l'Harmonie d'Obenheim... Une super école où l'on apprend les nuances, la lecture, et la conscience de former une équipe : Un membre foire et c'est toute l'équipe qui foire. Pas question de se la péter, c'est un travail collectif et c'est ça qui est magique.

Last but not least, le Baloche. Je ne suis pas du genre à cracher dans la soupe, je suis très conscient de ce que le baloche m'a apporté au niveau de l'écoute. Encore aujourd'hui, je fais beaucoup de remplacements au pied levé, basse et guitare. Il faut bien sûr un minimum de culture, mais surtout une oreille, c’est plus important que la culture. Le remplacement, c'est top, on n'a que les bons cotés. On n'a pas à subir les querelles mesquines, les gens sont super gentils avec toi.

Comment es-tu entré en contact avec la musique de Django ? Est-ce une influence régionale ? Quel intérêt portes-tu pour le jazz manouche ? Qu’est-ce que Django représente pour toi ?

C'est par le plus grand des hasards, et je ne le regrette pas. J'ai rencontré David (Favino881 sur Manoucheries) il y a 4 ans. C'est lui qui m'a amené au Jazz Manouche. Il sortait d'une période Metallica et était, comme encore aujourd'hui, fondu de Jazz Manouche. Je sortais d'une période percus et je cherchais autre chose, puisque les congas m'étaient interdits. Un mois plus tard, Swing67 commençait à répéter.

La musique, c'est comme la vie. Tu te sens bien quelque part, entouré de ta tribu, tu restes, sans te poser la moindre question. Là, je me sens super bien dans le jazz manouche, j'ai posé mes valises, ça peut durer des années mais ça peut aussi s'arrêter demain. Pour aller faire du Fado, remonter un Power Trio ou écrire un serveur de partitions intelligent. Encore heureux que l'avenir ne s'écrive qu'au jour le jour!

Pour moi, Django est hors du commun, essayer de le singer n'est pas ma tasse de thé. Je ne repique plus aucun chorus de personne depuis très longtemps. Quand j'étais jeune, j'ai repiqué tous ceux de Santana sur Abraxas, plus un ou deux de Deep Purple... Mais y'a prescription, c'était en 1974. Par contre, j'écoute Django tous les jours. Et il n'y a pas forcément besoin de jouer un plan pour en comprendre l'intention.

Comment as-tu appris la technique manouche ? Qu’est-ce que les cours avec Mandino Reinhardt t’ont apporté ? Qu’est-ce que l’apprentissage de cette musique t’a appris sur toi-même ?

En débutant dans le style, on commence les répètes, ça pompe, ça chorusse, l'essentiel étant d'arriver à sortir un mineur6 ou un diminué de temps en temps pour donner la couleur, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Puis, intéressé, évidemment, on commence à aller voir les cadors (en Alsace, on est servi, entre les familles Schmitt, Lorier, Reinhardt, Loeffler...Que d'la bombe!) et le malaise commence à s'installer. On a l'impression d'être de gros nuls, les répètes deviennent une déception systématique.

A ce stade, deux solutions: Ou on passe à autre chose, ou on s'accroche pour essayer de retrouver le peps des débuts. Je prends quelques cours ponctuels avec Mandino. Il met le doigt là où ça fait mal et je bosse des semaines avant d'aller le revoir. Hé oui, il a beaucoup d'expérience et une analyse redoutable, tu joues deux minutes devant lui et il sait quasiment ce que tu vas devoir travailler dans les deux ans à venir... Sans concertation aucune, David s'est fait la même remise en question et a pris des cours avec Francky Reinhardt, qui gagne lui aussi à être connu. Pour expliquer notre nullité face à la concurrence alsacienne, on a inventé le concept du Gadjo Jazz.

Pour finir, il y a Gadjodrom/Manoucheries, une mine de renseignements et grâce à qui j'ai rencontré dans la vraie vie des gens humainement enrichissants, comme Amati, Max Marcilly, Poltreze, Cesar Swing, pardon à tous ceux que j'oublie sûrement. Et il y a aussi tous ceux que je n'ai pas rencontrés, mais ça va se faire... Elle est pas belle, la vie?

Tu as des idées assez caricaturales et très humoristiques sur les différents musiciens. Quelle est la part de réel dans tout ça ? Le fait d’être polyinstrumentiste te permet-il d’échapper à l’une ou l’autre de ces fatalités ?

Tout est réel, c'est que du vécu, mais je ne donnerai pas de noms. Y'a pas encore de chapitre sur la MAO, mais ça ne va pas tarder. Je viens de tomber sur de la matière première.

C’est cool d’être polyinstrumentiste. J’aime bien lâcher par exemple une vanne sur les batteurs, puis quand les gratteux sont morts de rire, en lâcher une pire sur les gratteux.

Au-delà des clichés et des instruments, qu’est-ce qui fait le musicien selon toi ?

Avant tout l'individu, la musique est secondaire. Quelqu'un avec qui on a envie de rejouer est forcément humain.

Qu’est-ce qui se cache derrière les concepts importants selon toi d’humilité, d’origine et de conséquence, dans ce qu’ils ont d’appliqué à la musique ?

Faire de la musique, c'est vivre en société, comme au boulot ou en famille. Pourquoi quelqu'un d'imbuvable dans sa famille ou son boulot serait plus charmant quand il joue de la musique? Le pire, c'est les forums... Avec un peu d'entraînement on cerne un mec en deux-trois phrases.

On sent dans ta musique une envie très sérieuse de ne pas se prendre au sérieux. Quelle est l’importance de l’humour en musique ? Ce n’est pas lié à la musique, c’est général. Je ne supporte pas les enflés du melon. C’est quasiment physique. Ma hantise, c'est que je devienne comme ça un jour. Si par malheur ça arrive, je compte sur les amis pour me mettre le nez dedans.

L'humour, c'est le premier pas vers le dialogue. Si c'est vrai dans la vie, c'est vrai dans la musique.

Personnellement, je trouve que tu fais de très belles compos, qu’en plus tu mets à disposition gratuitement sur le net. D’où te vient cette énergie créatrice ? D’où te vient cette facilité à trouver des mélodies ? Est-ce que c’est si facile d’ailleurs ? Qu’est-ce qui motive cette envie de partager ?

Je gagne ma vie, je ne suis pas attiré par l'argent plus que ça, j'ai passé l'âge des rêves de grandeur... Pourquoi n'offrirais-je pas mes compos à l'écoute? Objectivement, en plus, c'est ma seule chance de les faire connaître.

Je ne sais pas si c’est facile, mais c’est cool que ça donne cette impression. C'est en fait à peu près 10% d’artistique et 90% de travail. En semaine, je ne joue que 10 minutes le matin avant d’aller au boulot. C’est là que viennent les idées, que je peaufine le lendemain matin, etc. Ca peut prendre deux jours comme deux mois. J’en ai toujours plusieurs à la fois « en chantier ». Y'en a quelques une qui n'ont jamais été enregistrées mais qu'on joue avec Swing67, d'autres qui se sont perdues en route, who cares? C'est comme ça que je fonctionne.

Ce qui motive à partager, c’est l’instinct communautaire. Le monde se porterait mieux si chacun pensait moins à sa petite personne mais plus aux autres.

Que penses-tu du travail purement technique, qui est une contrainte très présente pour la plupart des guitaristes qui ont appris à jouer avec le poignet collé à la table ? Tu sembles accorder beaucoup de soin à la propreté d’exécution (en plus du sens de la mélodie). A quel moment es-tu satisfait d’un enregistrement ? Comment gères-tu la prise de risque dans tes impros ?

Le travail technique est un passage inévitable. C’est encore plus vrai pour ceux qui ont un passé guitaristique "tout terrain".

On n’est jamais content d’un enregistrement, tu le sais bien. C’est comme un examen. A un moment, tu es quasi sûr d’avoir la moyenne, et en fonction de l’enjeu, tu prends ou non le temps d’assurer le 15/20.

La prise de risque est nulle en home studio. Je pose le thème d’intro et de fin sur une piste, fini, on n'en parle plus. Puis je fais plein de prises pour les chorus du milieu. Je les réécoute toujours chacune immédiatement après les avoir jouées pour voir la direction que ça prend, ça permet de ne pas mettre une bonne idée aux oubliettes. Les chorus sont toujours une prise unique du début à la fin, pas de montage.

L'enregistrement de Swing67 de l'année dernière (Bloody Pizza) est 100% live, trois instruments, trois micros. J'ai commis l'erreur de m'occuper du son, ce qui a bouffé toute mon énergie. On a fait en gros 2 prises de chaque titre et on a gardé la moins mauvaise. Une bonne moitié des titres a été censurée pour cause de pains ou de conneries techniques. La séance n'a pas duré plus de 3 heures tout compris. Espérons que le prochain sera mieux, ce qui ne devrait pas être très difficile.

En live, quasiment tous les morceaux font entre 2 et 3 minutes : On est là pour offrir quelque chose, par pour faire un boeuf. Deux tours de chorus, c’est le maximum, en essayant de placer une citation. Je ne gère pas de prise de risque, puisque je ne me pose pas de question.

Qu’est-ce que tu conseillerais à un guitariste qui a 20 ans de pratique occidentale pop/blues/rock, mais qui est débutant dans le style ?

En gros, ma situation, il y a quelques années? C'est pas compliqué, il faut tout désapprendre... Du "un doigt par case" aux allers-retours en passant par le jeu vertical, la position du bras autour de la guitare, tout, absolument tout désapprendre. D'où les moments de découragement du genre "Merde, ça fait quand même 20 ans que je joue, pourquoi j'arrive pas à faire sonner cette bête phrase?" Je crois qu'un débutant total peut apprendre beaucoup plus vite qu'un converti de dernière minute, même avec 20 ans de guitare derrière lui. Par contre, pour le polyinstrumentisme, y'a que le premier qui est pénible. A partir du deuxième, on va directement à l'essentiel.

Quelle est l’importance du modèle de guitare ? Avec quel modèle recommanderais-tu de démarrer ? Sur quoi joues-tu en musique manouche ?

En ce qui me concerne, n’importe laquelle, du moment qu'elle est jouable. J'ai une Clayton made in Korea genre 400 euros et une guitare de luthier que m'a faite mon pote Philippe Vozelle, qui gagne à être connu mais qui ne réalise qu'une ou deux manouches par an. En live, je prends toujours la Clayton car Philippe lui a posé un piezzo et un préamp. Comme elle supporte en plus le Stimer, elle est vraiment tout terrain. J’essaie en priorité de me sonoriser avec le Shure SM57. Si ça ne va pas, plan B, piezzo ou Stimer.

Quel genre de matériel utilises-tu pour enregistrer les pistes de guitare manouche ? Quel matériel utilises-tu sur scène ?

Je ne revendique aucune compétence en prise de son, que je considère comme un métier à part entière. J'utilise Audacity, qui est open source, multi-plateformes et minimaliste comme chacun sait, il tourne même sur un eeePC. J'aime que le soft soit basique pour pouvoir me concentrer sur la musique. Techniquement, le son est exactement le même que les meilleurs softs pro, dont il n'a simplement pas les gadgets. Une petite table Behringer pour assurer la préamplification du micro avant d'attaquer la carte son (une SoundBlaster de base). Le micro est un Shure SM57, celui-là même que j'utilise souvent en live. La basse est une fretless en prise directe sur la table. Important : un câblage qui permet de switcher rapidement des enceintes vers le casque, car les prises micro sont faites au casque.

Une question plus pratique. Comment concilier vie de famille, travail, et musique, surtout au niveau où tu la pratiques ? Question subsidiaire : est-ce que la musique et l’informatique font bon ménage entre tes cerveaux gauche et droit ?

C’est simple, il y a des priorités : Famille, boulot, musique. 10 minutes de gratte par jour avant d'aller au boulot, ça ne ruine pas la vie de famille. Certes, il y a bien quelques répètes en semaine, mais bon, rater un épisode des Experts ou de "Plus belle la vie", je considère ça plutôt comme un bonus. Et puis à fond le dimanche. Souvent tout seul, mais bon, on fait avec.

J'ai découvert l'informatique assez tard, vers 23-24 ans, mais j'ai été accroc dès le début. A l'époque, je travaillais en 3x8, donc quasi impossible de jouer régulièrement en groupe. J'ai compensé par le M.I.D.I. et le premier séquenceur digne de ce nom, le PRO24 de Steinberg sur ATARI ST. Si la question est "As tu fait de la MAO?" La réponse est "Oui". Pire, à l'époque je commençais à programmer des jeux vidéos en amateur. Mes premières séquences, c'était pour ça. Aujourd'hui, je suis programmeur à part entière, mais pas dans les jeux vidéos, dans l'embarqué. C'est cool d'avoir un vrai métier.

Dernière mise à jour: 7 avril 2008 - Serendipity ©2003-2008