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Andreas Öberg

Andreas Öberg a commencé la guitare à 7 ans, et jusqu'à maintenant, sa vie a été dédiée à la musique. Ses premières influences ont été Mozart et Chopin quand il était enfant, il a commencé la fusion à 13 ans à l'heure où les autres de son âge commencent à peine à écouter de la musique grand public, il a eu son premier professeur de guitare jazz à 16 ans, est allé à la Royal Music Academy de Stockholm entre 20 et 24 ans. Maintenant, il va avoir 30 ans, il s'exerce 1-2 heures par jour, plus les concerts, et il est considéré comme l'un des meilleurs guitaristes de son temps. Jetez une oreille sur son site Web officiel et sur son MySpace

Tu as commencé la musique vraiment très tôt, comment as-tu vécu ton enfance et ton adolescence ? Est-ce que tu penses qu'il y a des choses que tu as sacrifiées sur l'autel de la musique ? Et en ce moment ?

J'étais joueur de tennis, je n'ai pas particulièrement dans la musique au départ. Quand j'avais 8 ans, on m'a offert une raquette de tennis et une guitare pour mon anniversaire. J'ai préféré la raquette de tennis. J'étais l'un des meilleurs joueurs de tennis junior en Suède. Puis j'ai pris des cours une fois par semaine de guitare classique et de blues. Puis à 14 ans, j'ai eu un très bon prof de guitare qui m'a appris la musique fusion à la façon de Mike Stern, Frank Gambale, Scott Henderson, Alan Holdsworth, Robert Ford, tous ces gens. Et c'est alors que j'ai réellement commencé à apprécier cette musique. Et j'ai alors commencé à m'exercer, je suis rentré à l'école supérieure de musique de Stockholm, je m'exerçais plusieurs heures chaque jour alors oui je suppose que j'ai fait des sacrifices pendant cette période. Parce qu'il faut s'investir beaucoup pour progresser, pour apprendre toutes ces choses nouvelles, parce que je voulais vraiment apprendre le jazz. Et juste après ça, j'ai commencé l'Académie Royale de Musique de Stockholm.

A différentes occasions, tu as mentionné que l'acquisition d'une technique à la fois rapide et propre ne t'a pas posé de problème, dès le départ. Très bien! Cependant, c'est souvent l'un des problèmes principaux que rencontrent les guitaristes. Par quel genre d'exercices es-tu éventuellement passé pour travailler spécifiquement la technique ? D'un autre côté, qu'est-ce qui te semble avoir été le plus difficile pendant ton apprentissage ? Y a-t-il encore des choses que tu ne sais pas faire ?

Je dirais qu'au lieu de jouer des gammes et des motifs au métronome, j'ai essayé d'improviser et de jouer sur les CD que j'aime, dont certains morceaux à des tempos très élevés. Et alors j'ai essayé de jouer et d'improviser. Voilà le genre d'exercices que j'ai beaucoup faits. Et aussi le fait de jouer avec des gens, des amis, d'autres musiciens, et d'être toujours relâché à des tempos élevés. Quand j'ai commencé dans le style de Django, bien sûr, il a fallu que j'apprenne la technique spécifique manouche. Ca a été difficile au départ parce que j'étais habitué au jeu en allers-retours. J'aime toujours mélanger ces techniques. Mais pour acquérir cette technique manouche, ça a été difficile dans un premier temps. Après un certain temps, ça commence à devenir de plus en plus naturel. Sinon, je dirais que je ne sais pas encore jouer du flamenco, c'est un style très difficile, il faut jouer avec les doigts. J'ai commencé à apprendre à jouer dans le style de Chet Atkins, de Tommy Emmanuel avec des onglets pour m'amuser, juste comme un exercice.

Tu bosses le flamenco en ce moment ?

Non, pas le flamenco, mais parfois je joue avec un flamenquiste, nous avons un trio de guitare et il y a un joueur de flamenco, sur cordes nylon, et je joue de la guitare manouche. J'ai remarqué que le flamenco est très difficile. C'est une tradition difficile à part entière.

Quels outils d'improvisation utiles as-tu appris de tes profs de jazz (comme Paul Pesonen) ? Comment résumerais-tu ton éducation musicale académique ? Comment est-ce que ça tient la comparaison avec ce que l'on apprend en rencontrant d'autres musiciens ? Quel est l'utilité de la théorie lors de l'improvisation ?

Je pense qu'il est important de trouver l'équilibre entre la connaissance théorique et le fait d'écouter avec ses oreilles. Le fait de jouer avec des musiciens manouches a été très bénéfique pour moi parce que ça m'a fait découvrir une autre approche: apprendre des trucs à l'oreille. Mais j'ai été à l'Académie Royale de Musique, j'ai étudié l'arrangement pour big bands, la direction d'orchestre, beaucoup de théorie de Berklee, les mode et les gammes. Ce gars, Paul Pesonen, a fait Berklee, il était l'un des meilleurs élèves et il connaissait beaucoup d'outils d'improvisation. Il expliquait tous ces trucs de Coltrane, McCoy Tyner... Il m'a donné beaucoup d'idées pour improviser.

En rencontrant d'autres musiciens, c'est là qu'on apprend le plus. Etre en situation de live et jouer avec des grands musiciens. Mais ça peut être bénéfique d'apprendre quelques gammes en faisant attention à ne pas en jouer de trop. Au lieu de ça, j'ai toujours essayé si je veux jouer une gamme de sol majeur de ne pas la jouer seulement dans une position mais sur tout le manche, avec différents doigtés, vers le haut, vers le bas, au lieu de resté coincé dans une position fixée.

Je rentre tout juste des Etats-Unis, j'ai joué au Savannah (festival de musique) et j'ai eu l'opportunité de jouer avec la grande légende du jazz : Hank Jones. Il a 90 ans. Ce genre de rencontre, c'est comme ça qu'on apprend le plus je pense.

Y a-t-il des conseils vraiment importants que l'on t'a donnés quand tu apprenais la guitare qui t'ont fait progresser notablement ?

Je dirais : me faire découvrir les grands musiciens comme Coltrane, Django, Benson, Wes, Joe Pass. J'ai essayé d'apprendre de chacun d'eux, pas des solos complets, mais juste des bouts de phrases que j'ai essayé d'adapter à mon propre langage musical, pour le mélanger à ma propre cuisine. C'est plus de cette façon-là qu'avec des gammes que j'ai réellement progressé dans mon jeu. Je pense que l'écoute est ce qui apporte le plus. On peut apprendre des trucs en écoutant même assis dans la voiture.

Tu dis que tu entends de longues lignes mélodiques dans ta tête et que tu essaies de les jouer. Est-ce que ça a toujours été le cas ? A ton avis, d'où te viennent ces lignes musicales ?

Elles viennent du fait que j'ai fait un travail d'écoute, et c'est pourquoi j'ai un vocabulaire jazz étendu, je connais bien les langues jazz et bebop. J'entends les mélodies que je joue. Depuis quelques temps, je fais pas mal de scat pour chanter ce que je joue en même temps que je le joue. C'est le test ultime pour voir si tu joues réellement ce que tu entends dans ta tête. Quand je joue, on me demande parfois : "Quand tu joues vite, tu joues des gammes ou des motifs ?", et je réponds que je joue les lignes mélodiques que j'entends, et quelques fois, je les joue vite. Mais si on ralentissait ce que je joue, on pourrait entendre que c'est une ligne mélodique et non pas un motif.

Une autre bonne chose qui est bien quand on chante ce que l'on joue, c'est que l'on doit s'arrêter pour respirer, comme un trompettiste. Quand on joue avec les doigts, des fois on joue de trop longues lignes sans faire de pause.

Est-ce que tu as déjà senti qu'il pouvait y avoir un mur entre ta mélodie intérieure et tes doigts ?

La meilleure chose à faire, au lieu d'apprendre les gammes et les positions, c'est simplement de jouer la gamme sur tout le manche, peut-être même sur une seule corde comme un exercice. De cette façon, il est plus facile de jouer les choses que tu entends parce que tu n'es pas coincé dans une seule position.

Tes morceaux improvisés sans accompagnement sont vraiment époustouflants! Tu as dit sur les forums que tu aimes jouer les notes des accords sous-jacents, y compris dans les basses, au travers d'arpèges. Comment est-ce que tu as travaillé cet aspect particulier de te jeu ? Qui t'a donné l'envie d'aller dans cette direction ?

J'ai passé beaucoup de temps aux Etats-Unis et ce en quoi excellent les guitaristes de jazz là-bas c'est la mélodie en accords. J'ai écouté beaucoup de gars comme Johnny Smith, Joe Pass, George Van Eps, même George Benson est très bon pour faire ça, Martin Taylor aussi. Il y a quelques américains que j'aime bien en ce moment qui sont très bons dans ça. La chose importante est de vraiment être capable de relier les lignes de mélodie et de basse, et parfois des lignes mélodiques entre elles. Si la mélodie monte, peut-être que la basse descend. C'est important de trouver ces mouvements, peut-être des mouvements contraires. La réharmonisation est un aspect important pour être capable de jouer d'autres accords au milieu, tout comme l'approche chromatique ou la substitution d'accords qui rendent le tout plus intéressant.

Est-ce qu'il y a beaucoup de devoirs à faire à la maison pour être capable de faire ça ou bien est-ce que c'est quelque chose que tu fais dans l'instant ?

Bon maintenant, j'arrive à faire ça dans l'instant. Maintenant je peux improviser sur des standards instantanément. Mais, bien sûr, ça se travaille et il faut apprendre beaucoup de formes d'accords.

Que penses-tu des plans tout faits et des motifs ? Quel était ton objectif quand tu as écrit "Gypsy Fire" ?

Je crois qu'il n'y a rien de mal dans le fait d'apprendre des plans tant qu'on arrive à les adapter à son propre style. Donc si on apprend un plan sur un accord Am, alors on peut essayer de voir si l'on peut le ressortir sur un autre accord comme un accord de dominante ou un accord majeur. Est-ce que je peux jouer mes propres trucs, puis jouer ce plan, puis sortir de ce plan, et rejouer mes propres trucs ? Ca sort comme une partie de son propre langage plutôt que de la démarche qui consiste à jouer "Voici un plan. Stop. Maintenant, prochain plan."

Est-ce qu'il faut une bonne mémoire pour apprendre tout ça?

J'ai une bonne mémoire, j'arrive à mémoriser les numéros de téléphone, les chiffres. Ca m'a été utile de tout mémoriser quand j'apprenais de nouvelles choses bien sûr. Pour le livre "Gypsy Fire", je l'ai écrit simplement parce que je ne trouvais pas de bouquin qui contenait beaucoup de ces phrases que j'avais entendues jouées par les manouches. C'est pour ça que j'ai fait ce livre: pour pouvoir apprendre des plans à des gens avec la façon de les jouer au médiator. Personnellement, mon style est un mélange de tellement de styles, mais le sujet du livre était plus au sujet de la façon dont les manouches abordent cette musique.

Et dans le prochain livre, "Gypsy Bop", que j'ai écrit, il y aura probablement plus d'allers-retours et de sweeping, et plus de vocabulaire moderne.

Comment définirais-tu un bon guitariste ?

Je dirais qu'un bon guitariste est un guitariste qui bien sûr a de la musicalité, une bonne oreille, mais j'aime également entendre quelqu'un qui a des compétences, et qui connaît beaucoup de choses. Mais c'est personnel. Certaines personnes jouent très bien sans jouer beaucoup de notes, juste un petit peu, et d'autres jouent beaucoup de notes et ça sonne bien aussi. Donc c'est une question de personnalité. Je dirais que j'aime les guitaristes qui ont leur propre son, dont on peut dire d'eux que "C'est tel musicien", qu'on peut reconnaître immédiatement. De la même façon que l'on peut dire que c'est George Benson, Wes Montgomery, ou Joe Pass. Et j'ai toujours apprécié les mecs qui peuvent jouer bien en prenant n'importe quelle guitare. Il y a des gens qui dépendent tellement des effets et des amplis. C'est ce que j'aime dans le style manouche. On peut prendre une vieille guitare acoustique avec une action très haute, des vieilles cordes et malgré tout être toujours capable de jouer.

Est-ce que tu joues d'autres instruments ?

Oui, je joue assez bien du piano, je joue de la basse électrique plutôt bien en fait, et j'ai fait de la batterie.

Est-ce que tu envisages d'utiliser ces instruments sur disque ou est-ce que tu en joues juste pour toi pour le moment ?

Peut-être la basse électrique, je pourrais probablement l'utiliser pour enregistrer. Je ne l'ai pas encore fait mais j'espère le faire bientôt parce que c'est fun.

Quelle type de relation musicale as-tu avec Django ? Comment as-tu découvert la musique de Django ? Comment as-tu fait pour apprendre la musique manouche depuis la Suède ? Qu'est-ce que l'esprit de Django selon toi ?

J'ai entendu Django assez tôt dans ma vie, mais seulement ses premiers enregistrements des années 30. Mais ensuite j'ai commencé à écouter Biréli Lagrène quand il jouait de la fusion. Ensuite j'ai découvert ses premiers enregistrements de quand il était enfant et qu'il jouait du Manouche. Et c'est à partir de ces disques que j'ai retrouvé mon chemin vers Django. J'ai énormément apprécié les enregistrements de Django des années 40 et 50, et pas seulement ceux des années 30. J'ai acheté une vieille guitare dans un magasin de musique, de type Selmer, et j'ai commencé à m'exercer. J'ai rencontré Robin Nolan qui s'est montré encourageant, il m'a aidé et il pensait que me débrouillerait bien dans le style. J'ai continué jusqu'à ce que je rentre en contact avec Jon Larson qui m'a invité à venir jouer avec Jimmy Rosenberg quand il est venu en Scandinavie, et c'est comme ça que j'ai joué avec Jimmy la première fois. Je ne connaissais pas grand chose, je n'avais jamais joué avec un manouche avant. Ca a été le premier manouche avec qui j'ai joué. Et j'ai beaucoup appris de lui bien sûr. Et il s'est montré très sympa. Il aimait bien certains des trucs jazz que je faisais, il avait envie d'apprendre ça.

C'est la rencontre de deux mondes.

Oui je suppose que c'est censé se passer comme ça. Quand on rencontre un nouveau guitariste, il connaît toujours quelque chose que tu ne connais pas et vice-versa. J'apprends de n'importe quel musicien dans n'importe quel style. Pour moi, Django était très en avance sur son temps. Sa musique est immortelle en quelque sorte. Il est comme Coltrane ou Charlie Parker. Cette musique restera pour toujours. C'est un bon mélange de musique, de swing, d'émotion, de technique, et il y a beaucoup d'effets dramatiques aussi. Django était très bon pour créer une ambiance dramatique dans sa musique. Il avait tous ces trucs, octaves, harmoniques, des choses que personne n'avait vraiment fait sur une guitare avant lui.

D'où te vient cet appétit pour apprendre. Le jeu en allers-retours, le hybrid picking sur guitare acoustique, le jeu au pouce à la Wes Montgomery, les improvisations en solo, le slapping, l'effet harpe basé sur les harmoniques artificielles, les voicings, le chant à l'unisson avec l'improvisation, on dirait que tu veux maîtriser toutes les techniques qui existent. Ca me fait penser à Biréli Lagrène qui est incroyable dans le genre. D'une manière générale, que penses-tu que la technique peut apporter à la musique ?

Apprendre ces différentes techniques est une bonne chose ne serait-ce que pour pouvoir jouer toutes les choses que tu entends. Ce sont juste des outils pour être capable de s'exprimer musicalement. J'ai eu très envie d'apprendre, j'ai appris de beaucoup beaucoup beaucoup de guitaristes. Il faut être capable de tirer le meilleur de ce qu'ils font. Bien que je ne veuille pas jouer leurs trucs, ça m'intéresse de voir ce qu'ils font. Donc j'apprends quelques-unes de leurs phrases parce que je suis curieux. Et si j'aime quelque chose, j'essaie de le mélanger à mes propres trucs. En musique, il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, c'est ce que j'aime. Dès que l'on pense "Ok, je suis bon", on ne s'améliore plus. C'est mieux de penser "Je connais quelques trucs", il y a toujours beaucoup à apprendre. C'est pour ça que j'ai le sentiment de m'améliorer, parce que j'ai le sentiment d'avancer de mois en mois. Mais ça peut être difficile si l'on joue trop de styles différents. On pourrait perdre sa personnalité musicale en route donc c'est difficile. Ce que j'essaie de faire pour le moment, c'est vraiment de trouver mes propres trucs, ce qui est réellement moi. J'essaie de faire le tri entre beaucoup d'influences, les choses que j'aime vraiment, qui font vraiment partie de moi. Et ça prend du temps.

Est-ce qu'il y a des choses que tu ne peux pas encore jouer et que tu as envie d'apprendre (style, techniques, et instruments) ?

J'aime beaucoup la façon dont les saxophonistes jouent du jazz moderne, comme Coltrane. J'essaie en ce moment d'apprendre un peu ce ces choses et de les adapter à la guitare, tout comme des trucs au piano, Herbie Hancock, Chick Corea, McCoy Tyner, quelques-unes de leurs idées rythmiques. J'ai l'impression que la guitare jazz n'a pas encore évolué à 100%. Il y a encore beaucoup de choses à faire. C'est comme ça pour tous les instruments, mais sur le saxophone, il y a eu Coltrane, et c'est difficile pour tous ceux qui viennent après lui. Mais en guitare jazz, je pense qu'il y a encore beaucoup à faire et c'est un beau challenge pour nous autres guitaristes.

Tu as été critiqué à plusieurs occasions parce que tu es considéré comme trop technique et pas assez musicien. A titre personnel, je ne suis pas d'accord avec ça, surtout quand on ralentit tes chorus, on peut entendre qu'il y a vraiment une mélodie qui s'adapte aux accords. Cela dit, voici une question sensible: pourquoi joues-tu si vite si souvent, même si c'est aussi propre que ça peut l'être ? Juste parce que tu peux le faire ou bien pour prendre plus de risques ? Et quand tu joues vite, est-ce que tu te rends compte que tu joues vite ?

Je dirais que ça dépend de ce que j'entends. J'essaie d'être sincère, de jouer ce que j'entends. Quand j'entends beaucoup de trucs rapides dans ma tête, je joue beaucoup de trucs rapides. Sur ce nouvel album que j'ai enregistré aux Etats-Unis, j'avais un producteur, nous avons travaillé sur ce point et nous avons discuté du fait que sur certains morceaux, je devrais peut-être essayer de me concentrer sur des trucs plus mélodiques en mettant de côté toute rapidité. Ce sera visible dans mon nouveau disque. Sur certaines pistes, je joue les trucs qui envoient, sur certaines chansons, je joue les mélodies et rien de rapide. Certaines choses qui vont probablement plaire à ceux qui préfèrent les mélodies, comme les ballades. Mais en ce qui me concerne, je ne vois pas où est le problème avec le fait de jouer des trucs rapides. On peut le faire en gardant le sens de la mélodie, avec du sentiment et de l'esprit. Mais je rajouterais quand même que plus on devient connu, plus on est sous le feu des critiques. Bien sûr, plus de gens aiment ce que l'on fait. Mais ça me va, je n'ai pas de problèmes avec les gens qui expriment leurs opinions. Parfois cela dit, les personnes les plus virulentes sont jalouses et parfois ce sont des gens qui n'ont jamais acquis la moindre technique, ce sont souvent ceux qui critiquent le plus parce qu'ils ne peuvent pas le faire eux-mêmes. Enfin parfois, pas tout le temps. Tant que les gens ont des opinions, ça me va tant que c'est fait dans le respect des musiciens. Il y aura toujours des opinions défavorables.

Comment est-ce que cela se passe avec ton public ? Est-ce que ton public est surtout composé de musiciens et de mélomanes, ou bien est-ce que tu penses que tu peux toucher un plus large public ?

Je pense que je commence déjà à toucher un public plus large. Si tu jettes un coup d'oeil à mon MySpace, il y a beaucoup de jeunes gens qui écrivent, même des jeunes filles. J'essaie de jouer du jazz avec des éléments d'improvisation qui plaisent même aux plus jeunes, j'essaie de jouer du jazz avec une attitude lus rock. Ou bien j'essaie même de faire un mélange avec de la musique de club, du hip-hop, du R'n'B. Pour moi, ça reste du jazz tant que c'est improvisé.

Justement, depuis quelques temps, tu sembles t'intéresser aux mélanges entre jazz et sons électroniques. Est-ce que tu penses qu'il est possible d'apporter de nouvelles choses au jazz ? Quel est le futur du jazz à ton avis ? De quelle façon penses-tu que ça va évoluer à partir de maintenant ?

Je pense que le public jazz vieillit de plus en plus, et donc il faut trouver un public plus jeune afin qu'il y ait toujours un public pour le jazz à l'avenir. Je pense que pour les jeunes, c'est important de mélanger le jazz avec quelque chose d'autre qu'ils connaissent, et une fois qu'ils commencent à écouter ça, alors peut-être qu'ils feront le chemin inverse et découvriront les styles plus anciens de jazz. C'est comme ça que j'ai fait. J'ai commencé avec la fusion et la guitare électrique saturée. Je n'ai pas commencé avec Django. J'ai fait mon chemin en remontant dans l'histoire musicale. A part pour les manouches, qui sont élevés avec la musique de Django. Mais pour moi, il m'a fallu retrouver le chemin. "Qu'est-ce que Scott Henderson écoutait ?" "Il écoutait ce mec-là" "Et qu'est-ce que ce mec-là écoutait ?" Et c'est comme ça qu'on remonte le temps sur plusieurs générations.

Je pense qu'il y aura un mélange avec les sons modernes et il y aura un mélange avec les musiques du monde et la musique folk. Bien entendu, il y aura toujours un arrière-goût de blues parce que le jazz trouve ses racines dans le blues.

A bientôt 30 ans, tu es un joueur de be-bop incroyable, a super musicien en manouche, tu es reconnu comme l'un des meilleurs guitaristes (tu as gagné plein de récompenses), tu as joué avec quelques-uns des meilleurs guitaristes, joué dans des big bands. Qu'est-ce que tu aimerais avoir accompli pour tes 40 ans ?

J'aimerais avoir écrit plus de mes propres musiques. D'être capable de faire ce que je fais, être en tournée et jouer avec d'autres musiciens. Je n'ai toujours pas rencontré mon plus grand guitar hero: George Benson. Ce serait un rêve pour moi. J'espère que j'arriverai à jouer avec lui avant mes 40 ans. Rencontrer de nouveaux musiciens et essayer d'évoluer. Faire de la musique qui reste du bon jazz tout en plaisant à n'importe qui, pas seulement à ceux qui écoutent du jazz, sans trop tomber dans le commercial ou perdre de la qualité musicale.

Est-ce que tu aimerais chanter par exemple ?

Peut-être. Je n'ai pas encore décidé d'essayer. Pour le moment, je fais beaucoup de scat. Mais il y a tellement de très bons chanteurs dans le monde!

Quel était ton rêve quand tu as commencé la guitare ? Est-ce que ta vie répond à ces attentes ?

Mon rêve était seulement de faire ce que j'aimais le plus, d'être capable de vivre et de gagner ma vie avec la musique. Maintenant, je joue dans des festivals importants, je fais des concerts et des tournées, mais bien sûr quand j'ai commencé, il a fallu que je joue plus localement. Puis on se débrouille. Au début évidemment, c'était difficile, on s'imagine que ce serait plus facile, que l'on aura des gros concerts tout se suite, mais ça ne marche pas comme ça. C'est un long parcours, et il faut bien commencer quelque part. C'est toujours bien de faire un concert, parce qu'un concert en amène un autre. Il faut avoir des plans pour en avoir d'autres. Comment on dit ? L'élan (momentum). A partir du moment où ça démarre et si on se débrouille bien, on en a de plus en plus. Surtout si on a la possibilité de jouer partout dans le monde. Quand j'ai commencé, je ne jouais qu'aux environs de Stockholm. Maintenant je joue dans le monde entier. Ca fait une grande différence quand on a le monde entier comme marché plutôt que juste son village natal.

Comment concilies-tu ta vie personnelle et ta vie musicale ? Est-ce que c'est facile ?

Non ce n'est pas facile. J'ai eu une copine pendant cinq ans et ça n'a pas marché. On s'est séparés parce que je voyage tellement et que je ne suis jamais à la maison. Ca peut être difficile. On a un chien et je ne suis jamais là. J'aimerais avoir du temps de libre pour voir mes amis, mes parents et mon chien. Heureusement, j'ai plein d'amis partout dans le monde, là où je joue et je rencontre de nouvelles personnes tout le temps. J'ai une vie géniale, je ne me plains pas. je dis juste que la vie de musicien en tournée peut être difficile pour conserver des relations.

C'est un compromis, un sacrifice que tu dois faire ?

Oui, mais je ne suis pas sûr de vouloir voyager toute ma vie. Pour le moment, je le fais parce que j'aime ça et que c'est fun. C'est ce que je veux faire mais peut-être dans le futur, je me consacrerai plus à l'écriture pour les autres. Et comme ça je pourrai vraiment faire les plans que j'ai envie de faire tout en gagnant ma vie en écrivant, histoire d'avoir une famille et des trucs comme ça. Mais pour le moment, je suis très content de faire ce que je fais.

Y a-t-il d'autres choses dont tu voudrais parler ? C'est le moment!

Je viens en France, pour ceux qui lisent et que ça intéresse. Je joue au Sunset Jazz Club le 26 avril dans un nouveau trio avec Benoît Sourisse (à l'orgue) et André Charlier (à la batterie). Et ensuite, je vais jouer avec Florin Nicolescu et Stochelo Rosenberg au festival "Jazz sous les Pommiers" à Coutances le 27 avril. Et je donne une master class à Tours le 24.

Tu donnes des master classes ?

Oui, j'aime bien faire ça quand je voyage. C'est chouette de rencontrer d'autres guitaristes et de discuter.

Et j'ai un autre projet intéressant ce mois-ci aussi. J'ai été invité par la star pop qui vend le plus de disques en Europe: Eros Ramazotti, pour participer à un show télé avec lui en Italie.

Là pour le coup, tu vas certainement élargir ton public! Est-ce que c'est quelque chose que tu voulais vraiment faire ou bien c'est plus de la curiosité ?

Eros est un mec sympa. Il aime le jazz et en fait, il joue de la guitar jazz comme un hobby. Ce sera vraiment un grand plaisir de jouer avec lui. Ce sera diffusé en direct en Italie le 19 avril je pense. C'est un show télé d'une heure avec Eros Ramazotti. Il y a beaucoup de téléspectateurs pour cette émission et je suis assez nerveux je dois dire...

C'est drôle d'entendre que tu es nerveux à propos d'une telle expérience!

Je ne suis plus nerveux avant les concerts de jazz, mais là il s'agit vraiment d'un truc nouveau pour moi!

Dernière mise à jour: 9 avril 2008 - Serendipity ©2003-2008