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Thèmes > Interviews
Gatsby (qui a préféré rester connu sous son pseudo Manoucheries)
Je n’ai pas pu résister au plaisir de proposer une interview à Gatsby, un intervenant de Manoucheries, qui se trouve être un jeune guitariste de haute voltige qui a su en quelques années capter et restituer l’esprit de Django Reinhardt. Voici quelques enregistrements mis sur le Web:
- Improvisation
- Essai avec le son 40's
- Clouds
- Vidéo improvisation sur guitare classique
- Black and white
D'autres petits exemples sonores ont été enregistrés par Gatsby pour l'interview. Comment arriver à autant de résultats probants pour l’oreille en aussi peu de temps est pour moi un mystère. Comme tout mystère, il y a probablement certaines clés et c’est dans cet esprit que j’ai posé à Gatsby les questions suivantes :
1- Quand as-tu commencé la guitare ? Et qu’est-ce que tu attendais à ce moment-là de la pratique de cet instrument ? Pourquoi la guitare ?
J’ai commencé la guitare vers le milieu de ma 3e, à l’âge de 14 ans, en 2001. Il y avait chez moi (et il y a toujours) plusieurs guitares, mon père en jouait un peu et mon frère aussi. Comme à cette période-là j’écoutais beaucoup les Beatles et d’autres groupes de styles assez variés, je pense que je me suis "naturellement" tourné vers la guitare, qui est "l’instrument du rockeur" par excellence. J’avais aussi la chance d’avoir chez moi des gens qui pouvaient me montrer les accords majeurs, mineurs, 7e, etc. Donc j’ai acquis quelques bases comme ça, et je pouvais jouer grossièrement des morceaux comme My Friends des Red Hot ou Stairway to Heaven de Led Zeppelin avant de commencer à prendre des cours avec un prof. Ça m’a plu directement, et j’ai commencé à passer pas mal de temps sur la guitare, à bosser tout ce que mon prof me donnait à faire lors des premiers cours, que j’adorais d’ailleurs. Je ne sais pas si j’attendais grand chose de la guitare à ce moment-là, mais je pense que c’est un âge où on commence à s’intéresser et à s’ouvrir à d’autres domaines artistiques (mon truc à moi c’était le dessin), à essayer de créer quelque chose de concret, alors pourquoi pas la musique ? Puis au collège ça faisait bien de savoir gratouiller deux ou trois accords... Encore plus au lycée !
Mais à l’époque je n’avais jamais entendu parler de Django ou de quoi que ce soit qui ait trait à cette musique.
2- Comment t’es-tu intéressé à la musique manouche ? Qu’est-ce qui t’a poussé à prendre des cours ? Qui sont tes influences majeures ? Qu’est-ce que la musique de Django t’apporte ?
C’est le blues/rock qui a rythmé mes premières années de guitare, les deux premières surtout. J’étais fasciné par Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Clapton, BB King et beaucoup d’autres joueurs de blues, que ce soit traditionnel ou plus influencé rock. C’est mon frère qui m’avait initié à tout ça, et on jouait pas mal ensemble. Mais au bout d’un certain temps, j’ai trouvé que le blues avait ses limites, surtout au niveau de l’improvisation (ma manière d’improviser) et j’ai eu envie d’aller voir ailleurs pour enrichir mon jeu, et tout simplement pour voir et découvrir d’autres choses, car le blues, que j’adore toujours, je n’arrive pas à l’écouter en trop grande quantité, sinon ça sature !
C’est à cette époque, début 2003, que j’ai commencé à m’intéresser à Django Reinhardt, que mon père m’avait mentionné plusieurs fois comme étant « LE grand guitariste » ! Le premier disque que j’avais trouvé de lui comportait beaucoup de morceaux enregistrés à Rome en 1949, et c’est par cette période que je suis entré dans l’univers de Django. C’est pour cela que je reste particulièrement attaché à ces sessions romaines.
Je me rappelle très bien aussi avoir écouté des dizaines et des dizaines de fois le petit extrait que donnait Encarta dans son article sur Django Reinhardt : c’étaient quelques secondes de la fin du morceau I’ve had my moments (1935) où Django effectue une montée chromatique absolument magistrale sur le pont final, montée qui à l’époque me paraissait le summum de l’incompréhensible en termes musicaux et que je percevais comme étant quelque gamme inconnue et inatteignable, encore moins réalisable ou refaisable !
Avec le temps, je m’étais constitué une bonne petite discographie recouvrant un peu toutes les périodes de Django, de 34 à 53, ce qui m’a permis de découvrir beaucoup d’aspects de cette musique, ce que je fais toujours aujourd’hui en réécoutant et redécouvrant certains morceaux grâce à l’intégrale Frémeaux.
Mes influences majeures (en dehors de Django, qui lui-même est une influence pour ceux que je vais citer !) sont Biréli Lagrène et Jean-Philippe Watremez. J’ai eu la chance de pouvoir prendre des cours pendant deux ans avec ce dernier, qui est un fin et grand spécialiste de Django, et qui m’a énormément apporté en termes de comment aborder cette musique et « jouer dans l’esprit Django », sans le recopier. J’avais d’abord commencé à étudier la musique de Django seul pendant un ou deux ans, puis on m’avait parlé de J.P. Watremez, et il m’avait tellement fasciné que j’avais évidemment continué à prendre des cours avec lui.
3- Tu as 21 ans, tu fais des études supérieures de langues. Comment fais-tu pour concilier tes études avec la pratique d’un instrument au niveau où tu le pratiques ? C’est quoi la journée-type de Gatsby ?
Ça a toujours un peu été le problème, à savoir que j’ai eu beaucoup tendance, surtout au lycée, à consacrer plus de temps à la guitare qu’à mon travail. À la fac je n’ai pas beaucoup d’heures de cours, donc j’ai quand même le temps de jouer, en tous cas de m’entretenir du mieux que je peux niveau technique, à défaut de travailler l’instrument dans le sens musical, chercher des nouvelles harmonies, relever des chorus, intégrer des nouvelles idées, etc. Du coup je pense que je progresse plus lentement ces temps-ci que les années d’avant.
Je n’ai pas de journée-type à proprement parler, je peux jouer de la guitare à n’importe quel moment de la journée, je n’ai pas d’heure pour ça, et j’adore jouer quand je sens que j’arrive à avoir un bon son, le son que je veux, et que j’ai ma guitare bien en mains. Parfois je la prends mais la repose directement parce que je n’arrive pas à jouer à ce moment-là, et donc je ne prends même pas de plaisir à jouer. Dans ces cas-là je n’insiste pas !
4- Combien de temps passes-tu chaque semaine sur ton instrument ? Combien de temps y as-tu passé ? Et de quelle façon organises-tu le travail ? En fait, je voudrais savoir comment tu fais pour progresser aussi vite et efficacement (précision, propreté du jeu, toucher, vélocité, son) ? Les yeux dans les yeux, quel est ton secret ?
Je dirais que par jour il est rare que je dépasse une heure de guitare, contre plusieurs heures par jour il y trois ou quatre ans. Je joue souvent plusieurs fois dans la journée quelques minutes, un peu de pompe à droite à gauche, un peu de solo, jouer par-dessus un CD de Django sur quelques morceaux, jouer un peu avec un ami, m’enregistrer pour manoucheries si je me sens d’attaque (!), ce genre de choses, mais ça va pas plus loin...
Je n’ai pas vraiment de façon de « travailler », puisque j’ai l’impression plus d’entretenir mes acquis que de bosser des choses nouvelles techniquement, ce que je déplore, bien sûr...
Pour ce qui est de la propreté du son, je crois que j’ai vraiment commencé à y accorder de l’importance (et donc à me rendre compte de son importance) quand d’une part j’ai commencé à jouer de plus en plus en solo solo, et quand d’autre part j’ai lâché le bébé Wegen pour un médiator Dunlop plus fin, qui contraint donc le joueur à travailler son son avec plus de précision et d’attention. En tous cas pour moi ça s’est fait comme ça, je crois, et maintenant je joue avec plusieurs types de médiators pas trop épais, de 1.5 à 2.0 mm, afin de ne trop m’habituer à aucun d’eux, de sorte que j’essaie toujours d’avoir le meilleur son possible, quelque soit le médiator que j’ai dans la main droite.
La précision et la vélocité s’acquièrent par beaucoup d’exercices (parfois bêtes, comme les déliages), montée et descente de gammes (juste pour l’exercice), montées chromatiques (comme dans le chorus de Django sur Nuages à Rome), puis un travail constant de plans de Django, avec comme objectifs le son, la précision rythmique et le feeling, la sensibilité de la note, autant que possible...
5- Comment as-tu travaillé ton son pour arriver à quelque chose d’aussi proche de l’esprit de Django ? Est-ce que la guitare y est pour beaucoup ou bien est-ce un travail particulier qui t’a permis d’arriver à ce niveau de toucher ?
Je pense que j’ai beaucoup pris conscience de l’importance du son en écoutant et observant énormément des guitaristes d’aujourd’hui, en particulier Biréli Lagrène et Stochelo Rosenberg. Pour moi la propreté de leur son était plus « évidente » que celle de Django en ce qui concerne la guitare acoustique. Je dis « était » car je me suis aperçu que cette propreté et ce son venaient de Django lui-même ! D’où l’importance de tous les guitaristes et musiciens qui ont entretenu et entretiennent toujours l’héritage de Django : ils nous permettent de découvrir certains aspects de sa musique qu’on n’aurait pas forcément remarqués sans. En tous cas ça a été le cas pour moi au début, ce jeu de miroirs entre les guitaristes post-Django et lui-même. Sans parler de tous les thèmes et morceaux moins connus que certains grands d’aujourd’hui remettent au goût du jour. C’est en écoutant Biréli Lagrène que j’ai découvert des morceaux comme Hungaria, Si tu savais, Coquette, etc. Bien sûr, une fois lancé dans ce processus de découverte et de renvoi perpétuel à Django, je ne me suis presque plus intéressé qu’à Django !
Pour en revenir au travail du son, c’est beaucoup de coups de médiator précis vers le bas, en essayant de sortir le maximum de rondeur et de sonorité de la note. Les positions d’accords, les arpèges utilisés, la structure des plans, etc, sont très importants dans le son rendu au final. Il n’y a pas que le médiator, mais aussi le toucher de la main gauche. J’essaie de faire « rebondir » ma main gauche un maximum, ne la faire presque que « passer » sur la corde. C’est aussi comme ça qu’on gagne en vélocité : appuyer suffisamment fort pour produire un son et se retirer assez vite pour passer à la case suivante, et ainsi de suite. Tout cela est évidemment facilité quand la guitare est très bonne ! Cependant j’essaie de toujours m’adapter à la guitare que j’ai dans les mains, qu’elle soit bonne ou non, et d’en tirer le meilleur. Plus on a cette faculté d’adaptation, plus le son devient une priorité. Django reste la référence dans ce domaine quand on voit ce qu’il a produit avec des guitares aussi différentes que celle de 1935, sa Selmer de 1938, celle avec un micro Stimer à Rome, les électriques de 1947, de 1953, et toutes les autres qu’il a pu avoir...
6- Pourquoi cet intérêt si particulier pour les improvisations en solo, qui sont pourtant réputées comme difficiles ? Dans ce genre, l’approche harmonique est très importante dans le sens que les accords s’enchaînent assez rapidement, et malgré tout, ta musique raconte une histoire. Comment travailles-tu ces enchaînements d’accords ?
Les improvisations solos de Django et les conditions dans lesquelles elles ont été enregistrées m’ont toujours fasciné. Je pense en particulier à l’Improvisation n°1 et Parfum de 1937. On avait dit à Django qu’il disposait de trois minutes pour chaque, et il avait demandé qu’on lui fasse un signe de la main pour le prévenir quand le temps toucherait à sa fin. Ce que j’aime dans les improvisations en solo c’est qu’elles n’obéissent qu’au musicien qui les exécute : on n’a alors de contraintes que celles qu’on s’impose, que ce soit rythmiquement ou harmoniquement. Non pas que le rythme et l’harmonie ne soient pas modulables quand on joue accompagné par d’autres, mais un morceau en groupe est déjà « cadré » et cadre le soliste, d’une certaine manière.
J’ai toujours admiré la liberté que prend Biréli Lagrène à exécuter cet art de l’improvisation solo : il y a dedans à la fois du triste, du comique, du swing, du jazz, du classique, toutes sortes d’influences qu’il est peut-être plus facile d’intégrer quand on joue seul.
Mon intérêt pour ce genre d’improvisation est aussi dû au fait que pendant un certain temps j’ai été contraint à jouer tout seul, par manque de gens avec qui jouer. On développe donc d’autres techniques, on met plus en valeur certaines choses, les enchaînements d’accords par exemple, comme tu dis, les basses (extrêment importantes je pense, car encore plus que les accords, elles sont le squelette de ton improvisation solo), les arpèges pour bien montrer l’accord qui se cache en-dessous mais qui n’est pas joué, etc.
Pour mes impros solos je m’inspire beaucoup des suites d’accords de Django et de Biréli, de standards de jazz, de morceaux de classique, de tout ce qui peut présenter une suite cohérente, et en essayant ensuite de les retravailler, de me les réapproprier.
7- Quelle est ta façon d’intégrer du vocabulaire musical ? Travailles-tu les plans ? Crées-tu toi-même des plans ? Laisses-tu beaucoup de place à la spontanéité dans l’improvisation, considères-tu que tu prends beaucoup de risques ?
C’est en relevant beaucoup de plans de Django principalement que je me suis fait un vocabulaire, plans que j’ai ensuite mêlés à ceux d’autres guitaristes (surtout Biréli, encore !), afin de m’en faire ma sauce, comme on dit ! Je ne prétends pas les avoir inventés, mais peut-être les utiliser d’une manière qui m’est propre, avec un toucher et une sensibilité que j’essaie de garder aussi authentiques et personnelles que possible, en essayant de ne pas me répéter trop, ce qui devient la difficulté principale à un moment donné, d’où le besoin d’écouter et d’intégrer d’autres éléments à son jeu, l’improvisation solo étant un très bon moyen de mettre tout ça en pratique.
Je ne pense pas prendre beaucoup de risques, mais j’essaie toujours de faire des choses construites et variées avec le bagage dont je dispose. Je ne crée certainement rien de révolutionnaire en improvisant solo, mon intérêt est que celui ou celle qui m’écoute se fasse plaisir, et moi aussi un peu, au passage...
8- Quels sont les exercices que tu recommandes pour travailler ? Que penses-tu du travail des arpèges ? Des gammes ? Quels sont les conseils que tu donnerais à quelqu’un qui débute ?
Tout d’abord sache mon cher Yann que je me considère toujours un peu comme un débutant, en ce sens que j’ai l’impression d’avoir commencé ce style très récemment, et que j’ai tendance à me sous-estimer gravement dès que j’écoute ou vois jouer des très grands du style (Django n’en parlons même pas)... Mais tout ça est très utile pour se relancer et se remotiver et se dire qu’il y a toujours beaucoup plus à apprendre, beaucoup d’horizons à découvrir.
Donc aux débutants dans le style je ne saurais que conseiller d’écouter Django et que lui, en tous cas pour se former un jeu propre à soi-même. Je suis plutôt en faveur des arpèges, car les gammes n’a aucun sens à mes yeux. D’ailleurs si on écoute bien les musiciens dans le style Django, il est très rare de détecter ne serait-ce qu’un fragment identifiable de gamme.
9- C’est un fait que tu joues très bien. Cela dit, comme tout le monde, tu as sûrement des limites. Quelles sont les choses qui te posent problème ?
Merci pour ce fait, Yann ! :-) Mes limites sont essentiellement dûes au manque de temps qui m’empêche de développer énormément d’aspects de mon jeu qui me permettraient de progresser plus vite, comme je le disais avant. Il y a aussi le fait que je n’écoute pas tant de jazz que ça en dehors de Django et de deux ou trois autres guitaristes, donc beaucoup de pistes harmoniques se ferment à moi. Je ne suis pas très fan de saxophone ou de trompette, donc écouter du Charlie Parker ou du Miles Davis m’ennuie assez vite... C’est dommage puisqu’eux-mêmes ont été une influence énorme pour Django !
Donc je dirais qu’un de mes gros problèmes et une de mes frustrations est de ne pas arriver à intégrer des formes de jazz plus moderne dans mon jeu de guitare, ce que j’aimerais beaucoup, en fait !
10- Est-ce que tu as une approche particulière du jeu en groupe ? Ou bien est-ce que tu y vas très spontanément ? Quel est ton travail de mise en place en groupe ? D’ailleurs, quelle est ton opinion sur les sessions de jazz manouche ? Y participes-tu toi-même ?
Je ne joue pas souvent en groupe ou en formation. Le plus fréquemment malgré les rares fois c’est en duo, avec juste une guitare rythmique. Et j’en suis très content, car très souvent on joue de manière très spontanée avec Ma Dalton (du forum manoucheries aussi), mon fidèle à la guitare rythmique !
Ma difficulté est en général de ne pas me laisser aller à un déballage de notes que je suis sûr de bien placer, mais de penser musique. C’est d’autant plus difficile en public, où on est tenté d’impressionner par le côté technique, au détriment de la musicalité.
Pour ce qui est des boeufs, j’en ai fait quelques-uns lors de festivals ou dehors entre copains, et j’avoue ne pas être vraiment fan, sauf si les guitares rythmiques autour ont la délicatesse de ne pas jouer trop fort et laisser un peu d’air au soliste, ce qui bien souvent n’est pas le cas, malheureusement. Dans le cas contraire, j’aime beaucoup !
11- En ce qui concerne ton parcours musical, quel est ton CV ? Quels sont tes projets futurs ? A quand le premier CD attendu par la communauté avec impatience ? Quels sont les aspects de ton jeu que tu souhaites développer, ceux que tu ne souhaites pas travailler pour le moment ?
Je n’ai pas de projet musical car pas de motivation particulière à devenir musicien professionnel, ni même en amateur, en tous cas pas tant que je continuerai mes études. J’aime le côté spontané de la musique, où on se retrouve pour jouer, en public ou non, sans se définir d’un groupe en particulier.
Donc mes projets futurs sont pour l’instant de continuer à m’entretenir et à me faire plaisir en jouant. Pas de CD en vue mais peut-être une maquette, pour je ne sais pas quand, je vous tiendrai au courant !
Ce que je souhaiterais développer dans mon jeu ce serait d’autres pistes harmoniques, et me défaire petit à petit de plans tout faits et d’automatismes afin d’être le plus possible dans la musique et la création. Voilà, en gros... Mais ça prendra du temps et du travail, or je suis assez fainéant ! Damn it !
12- Tu fais parfois référence à une notion quasiment philosophique, rarement employée dans le contexte guitaristique : l’humilité. Est-ce que tu pourrais développer cette notion ? Comment as-tu été amené à découvrir cet aspect de l’art ? Cette notion n’est pas forcément éloignée d’autres notions comme la patience, la persévérance, l’ego. Qu’est-ce que la pratique de la guitare t’a fait découvrir sur toi-même ?
J’avais beaucoup entendu cette notion d’humilité employée dans la musique par un ami bluesman plus vieux que moi qui me répétait toujours au sujet de certains musiciens « L’humilité, le gars ! L’humilité ! ». Ce sont aussi les premiers mots qui me viennent à l’esprit quand je sors d’un concert de Biréli Lagrène, où quelques fois on discute un peu ensemble, et je me dis qu’il faut être quelqu’un de simple et d’humble pour produire une telle musique. Dans un reportage récent il disait même qu’il espérait encore apprendre, ce qui est une leçon en soi, vu le fossé qui sépare la plupart d’entre nous de lui.
Le mieux que je puisse dire sur cette « notion d’humilité » c’est que sans elle je ne vois comment on peut faire de la bonne musique. Être humble, c’est s’oublier un peu pour offrir ce qu’on a de meilleur, et ça ça ne trompe pas. L’humilité engendre l’authenticité, ce qui est enssentiel en musique.
Je ne veux pas passer pour trop pédant à ce sujet-là que je ne maîtrise pas outre mesure, mais je me dis moi-même que des fois un peu d’humilité ne me ferait pas de mal, que ce soit en musique ou ailleurs.
La guitare m’a donné un autre moyen de m’exprimer, c’est pour ça que, tout comme on reconnaît quelqu’un qui est faux par ce qu’il dit, on sait par la musique d’une personne si elle joue avec authenticité ou non. Elle m’a fait aussi fait découvrir que je pouvais pousser le travail assez loin dans un domaine, ce que jusque-là je n’avais guère fait que dans le dessin.
13- Que penses-tu de la nouvelle vague de jeunes guitaristes de grand talent : Adrien Moignard, Chris Campion... ?
J’aime beaucoup Adrien Moignard, pour le peu que je l’ai vu ou entendu, et il m’impressionne énormément.
Pour le reste j’avoue que je n’écoute pas ou presque pas ce que fait la nouvelle génération, même si j’en ai vu quelques-uns en concert (comme les Enfants de Django) et que ça m’a plu.
Comme je suis toujours dans une phase de recherche de mon style et de mon son, je préfère ne m’en remettre qu’à Django qui, avec ses 800 et quelques enregistrements, me fournit bien assez de travail !
14- Si tu souhaites parler de choses qui te touchent et que je n’ai pas abordées, relatives à la guitare manouche ou pas, c’est ici que ça se passe ! ?
Juste dire que j’ai une passion encore plus forte : la musique classique, et qu’à mes yeux rien n’égale le Requiem de Mozart et la Passion selon Saint-Jean de Bach.
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