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Anouman (de Manoucheries qui a préféré rester connu par son pseudo)
Anouman est un guitariste que j'ai entendu pour la première fois il y a deux ans et demi alors que je commençais tout juste à apprendre la guitare manouche. Sa version de la Partida m'avait alors tellement scotché que ça m'avait donné envie de l'apprendre note à note en décortiquant les effets. En discutant un peu avec lui, je me suis rendu compte que c'est quelqu'un avec un beau vécu, une belle musicalité et qui cache bien son jeu. Anouman fait partie de ce genre de personnes qui ont une vraie richesse mêlée à une grande humilité. Je suis content qu'il ait accepté de répondre à mes questions. Il n'y a pas grand chose sur lui sur Internet à part son site MySpace et c'est dommage. Enfin, c'est souvent comme ça avec les gens modestes. Ah et puis voici, trois morceaux que j'ai ressuscités pour vous: La partida, I'll see you in my dreams et Bossa Dorado!
Comment et à quel âge as-tu commencé la guitare ?
J'ai commencé la guitare vers l'âge de seize ans, donc assez tard, et j'ai étudié le piano quand j'étais plus jeune.
Qu'est-ce qui t'a attiré dans cet instrument par rapport aux autres ?
Étant d'origine corse j'ai toujours été bercé par le son de la guitare, car comme chacun le sait les corses adorent la guitare, la mandoline et le chant.
Quelle est ta formation: conservatoire ou sur le tas ?
J'ai pris un peu des cours au début de mon apprentissage mais pour le reste je suis entièrement autodidacte.
Ce n'est que récemment que des méthodes d'apprentissage de la musique manouche ont vu le jour. Comment as-tu travaillé pour apprendre la technique manouche toi qui es gadjo ?
En fait, j'ai écouté Django dès le départ, mon père en possédait quelques 33 tours, c’était pour moi déjà à l'époque une sonorité et un coup de plume unique avec ce coté « humain » de faire de la musique qui te touche droit au coeur et ce malgré le fait que j'étais plutôt orienté musicalement Hard rock (Led Zep, Deep purple, Kiss, etc...) et pop américaine, Pour moi le jazz c'était encore l’image d’Amstrong soufflant dans sa trompette. J'ai fait mes études à Sèvres près de Paris et le week-end end, j'allais aux puces a Clignancourt écouter jouer les manouches, c'était pour moi un bol d'air frais et çà me prenait vraiment aux tripes. J'ai acheté la première méthode de Patrick Leguidcoq,(Romane) « Guitare manouche « ,que je possède toujours d'ailleurs, il y avait Nuages, Minor Swing, que reste-t-il de nos amours, Whispering, I got rhythm et des plans pour phraser dans le style et des conseils de bon aloi. Mais la meilleure façon d'apprendre c'est bien sûr de jouer avec les autres, mais vers ces années-là, il y n'y avait pas l'engouement qu'il y a aujourd'hui pour cette musique, j'ai donc essayé de reproduire les phrases et certains clichés sur les disques de Django.
Tu as joué de beaucoup de styles : rock, country, bal, jazz, musique des Shadows... Par quels chemins es-tu arrivé à la musique de Django ? En quoi la musique de Django se distingue des autres styles ? Qu'est-ce qu'elle représente pour toi ?
C'est un peu le retour aux sources, après avoir joué un peu dans tous les styles, ce qui à été très enrichissant sur le plan musical, j'ai voulu ressortir l'acoustique qui pour moi représente la quintessence du son de la guitare naturel et sans artifices. J'ai ensuite dégoté une vieille Busato des années 40 et j'ai naturellement commencé à jouer manouche, ou plutôt essayer, car comme tu le dit je suis un gadjo et même si j'ai beaucoup écouté Django je n'ai pas cette culture et cet apprentissage qu'ont les jeunes manouches. Biréli disait dans une interview que seuls les manouches pouvaient convenablement jouer cette musique et je crois qu'il a un peu raison, car même si aujourd'hui il y a vraiment de super guitaristes dans le style, il leur manque, à mon sens, cette couleur et cette chaleur dans le son avec la petite dose d'imperfection qui donne une dimension humaine au jeu des manouches, mais cela est valable pour les sortes de musique du monde qui sont issues d'une culture forte.
Qu'est-ce que Django représente pour toi ? Qu'est-ce que sa musique a de spécial ?
Je vais pas faire ici l'apologie de Django, tout le monde sait ce qu'il a pu apporter à la musique, que ce soit sur le plan des compositions ou de l'interprétation des standards de l'époque, c'est tout simplement un génie qui à su créer un véritable style qui à fait école et qui est reconnu aujourd'hui. Django était avant tout au service de la musique, de la note juste avec un swing incomparable. Tu te rend compte qu'à l'époque jouer sur des Selmer, ces guitares d'hommes avec leur manche imposant, il fallait une sacré force dans la main gauche pour faire sortir les notes, et ce malgré son handicap,
Si sa musique revient en force aujourd'hui ce n'est pas rien, car elle est authentique, a la seule force de ses trois doigts il a su créer un univers de notes et de mélodies qui te touchent au plus profond de toi-même, c'est la force de la musique. Il m'est arrivé souvent de faire écouter cette musique à des gens issus de cultures différentes et de goûts musicaux parfois à l'opposé et à chaque fois, whaoo ! « c'est génial ! » « c'est beau ! » « c'est super ! » « Ça c'est de la musique. » Bref je crois qu'à part être complètement dépourvu de sensibilité, on ne peut qu'apprécier l'authenticité de cette musique et sa capacité à éveiller en nous de bonnes sensations.
Comment se reflètent tes origines corse et arménienne dans ton jeu ? Y a-t-il des points communs entre les musiques corse, arménienne et manouche d'après toi ?
C'est toujours délicat de répondre à cette question, on m'a souvent fait la réflexion que ma « double origine » était un plus pour la musique. Il est vrai que par exemple beaucoup de musiciens arméniens se produisent à travers le monde, surtout dans le classique, mais je crois aussi que c'est une question de culture, ou l'éducation de la musique à une place prépondérante dès le plus jeune âge. En Corse c'est un peu la culture de la mélodie napolitaine, hérité de la mandoline et des trémolos, que l'on retrouve dans les mazurkas et les valses de l'île. Le lien avec la musique manouche est évident, que ce soit avec la musique arménienne, son côté tzigane et sa touche orientale qu’avec la musique corse. Tous les joueurs de guitare corses adorent Django, Paulo Quilici, guitariste corse très connu aujourd’hui décédé ne jurait que par Django. N’oublions pas que Django a commencé sa carrière en accompagnant des accordéonistes et qu’il jouait du banjo avant son accident à la main gauche. Ces premières compositions seraient des valses (Chez jacquet, Montagne Ste-Geneviève). D’ailleurs Baro ou Matelot Ferret s’en sont fait les spécialistes. Sais-tu également que Matelot Ferret a joué longtemps au cabaret « La Lanterne » à l'Ile Rousse en Corse et qu'il a influencé toute une génération de guitaristes résidents sur l'île ? Si le festival de Patrimonio existe aujourd'hui ce n'est pas un hasard.
Plus généralement, tu vis à Marseille qui est une ville historiquement d'intense brassage culturel, un carrefour des traditions. De ton point de vue, quelles influences ont marqué la musique manouche dans cette région ? Particulièrement, pour toi qui vois sans doute cela de près, quelle est l'influence de la musique gitane à base de flamenco sur la musique manouche ? Est-ce que ces deux traditions gitanes distinctes se sont pollinisées pour créer un son manouche méditerranéen ?
Le sud de la France, par la proximité de l'Espagne et de l'Italie a toujours été un carrefour musical, d’ailleurs les manouches du Sud comme Bousquet et Tchan Tchou étaient très proche des deux cultures et ont forcément intégré dans leur jeu des « ingrédients » rendant la pollinisation possible comme tu le dis.
Il ne faut pas oublier que Django a séjourné assez longtemps à Toulon au début de la guerre et qu'il a fréquenté la Côte-d'Azur où il s'est produit dans de nombreux endroits et a dû sûrement s'imprégner aussi de ces musiques. De toute façons, on retrouve cette même énergie caractéristique chez les gens du voyage et les gitans du sud, le flamenco étant aussi un langage réunissant toute une communauté. Le métissage fait partie intégrante des musiques actuelles, et le jazz manouche à su également évoluer en intégrant des couleurs et des rythmes appartenant à d’autres courant musicaux, (Bossa Dorado par exemple).
Dans quelles conditions as-tu rencontré Tchan-Tchou ? Tu fais partie des privilégiés qui ont pu jouer avec lui. Est-ce que tu pourrais partager quelques anecdotes à son sujet ? Qu'as-tu appris à son contact ?
J’ai effectivement eu la chance et le privilège de rencontrer et de jouer avec Tchan-Tchou, un personnage extraordinaire, attachant et d’une grande gentillesse. Il avait toujours des blagues ou des anecdotes à raconter. Je me souviens qu’en parlant de Django, il disait, je cite, « Django apprend à la musique » cette phrase m’est restée ancrée dans l’esprit. Je l’ai rencontré à Toulon dans une soirée privée, (je n’avais jamais entendu parler de lui auparavant) je jouais avec un autre guitariste quand un petit bonhomme avec un chapeau qui me regardait depuis un bon moment est venu me voir en me disant « petit, on pourra jouer ensemble quand tu voudras, et je t’apprendrai tous les thèmes de Cole Porter », sur le coup j’ai souri mais je sentais qu’il y avait sûrement quelque chose de sincère derrière tout çà. Du coup nous avons joué, il est allé chercher sa guitare, une Epiphone Sheraton montée avec des cordes argentines (hic...) et c’était parti, nous avons boeufé jusqu'à la fin de la soirée pour mon plus grand bonheur et celui des convives. J’ai appris par la suite qui il était, car il m'a même pas laissé son prénom, en me disant simplement qu'il voulait rejouer avec moi. Nous nous sommes ensuite revus et avons joué plusieurs fois ensemble, car j’étais rentré en contact avec son accompagnateur de l’époque, Francois Codaccioni, un Corse encore - décidément ils sont partout ceux-là (rires) - un super guitariste qui excelle dans l’accompagnement. Ce qui était fantastique avec Tchan-Tchou c’est qu’il ne répétait jamais les mêmes plans, jamais les mêmes impros, toujours au gré du vent et de l’humeur du moment et je crois vraiment que c’est une des caractéristiques des manouches, comme ils ne lisent pas la musique ils font fonctionner leur oreilles, « la feuille » comme on dit chez nous. J’ai été très peiné quand j’ai appris son décès, dans l’indifférence totale à l’époque.
Tu as également eu l'occasion de rencontrer Etienne Bousquet quand il jouait au "Son des Guitares" sur Marseille. Quel souvenir en as-tu gardé ?
Bousquet représentait aussi un personnage hors du commun, un virtuose de la guitare comme j’en ai rarement entendu, une magie dans les doigts, il fallait aller le voir et l’écouter au son des guitares, chez Jeannot, pour le croire. De plus il avait une vieille Rodgers avec des cordes très hautes, injouable pour le commun des mortel. J’ai une anecdote, une parmi tant d’autres, sur Bousquet. Un soir Elek Bacsik qui venait de jouer sur Marseille s’est rendu au Son des guitares pour aller écouter le « phénomène Bousquet » comme on le décrivait à l’époque, et après l’avoir entendu il s’est agenouillé devant lui et lui à baisé les mains. Il à fait les beaux jours du son des guitares, en compagnie de César, un excellent guitariste aussi avec véritable une science de l'accompagnement et de Gérard Cardi son accompagnateur de l’époque, qui vit toujours et que je croise régulièrement à Marseille. Je ne peux pas m’empêcher de citer aussi Claude Jaoui, que les guitaristes de Jazz marseillais connaissent bien, qui à remplacé Bousquet et à été également un des premiers accompagnateurs de Johnny Halliday. Paradoxalement, c’est moi qui jouais au son des guitares avec un autre musicien avant que le patron ne vende son affaire.
Tu as souvent joué avec le guitariste corse Gérard Poletti ? Qu'est-ce que cette collaboration t'a apporté ? Qu'as-tu appris au contact de ce musicien riche en expérience ?
Beaucoup de choses ! D'abord sur le plan musical, jouer avec quelqu'un qui a partagé les scènes avec Biréli, Larry Corryel, Babik Reinhardt et bien d'autres a forcément des choses à t'apprendre et des anecdotes à te raconter. Gérard est un phénomène de la guitare, à l'aise dans tous les styles qui nécessite une guitare acoustique. Un super mec avec un charisme étonnant, doublé d'un humour déroutant à prendre au dixième degré.
C'est sans nul doute, désolé pour les autres, le meilleur guitariste corse, en tout cas celui qui a le plus « tourné » avec sa guitare et qui a su sortir de l'inévitable carcan des valses et boléros joués sur l'île.
Quand Biréli l'a vu jouer pour la première fois, c’était à Patrimonio, il a dit à Christian Pégand son manager qu'il voulait qu'ils jouent ensemble. Ce qu’ils ont fait, c'était dans les années 90, ce qui a permis à Gérard de fréquenter les plus grands, aujourd'hui il continue tranquillement son petit bonhomme de chemin.
Tu accompagnes parfois en tant que guitariste jazz des chanteuses, à la façon de Tuck Andress du duo "Tuck & Patti". C'est un exercice difficile et exigeant au sens où une unique guitare joue tous les rôles: rythmique, harmonique, mélodique et basse, le tout avec improvisation. Comment as tu appris à jouer comme ça ?
J'ai toujours été attiré par ce style de jeu et j’ai beaucoup écouté Joe Pass, un des maître en la matière en duo avec Ella Fitzgerald. C'est un exercice que je recommande à tous les guitaristes, pour bien comprendre la relation entre gammes et accords. En plus tu développes ton oreille et ton jeu de main droite car tu es obligé de faire la walking bass au pouce et les appels d'accords aux doigts. Harmoniquement c'est super, le plus dur c'est de faire swinguer le tout en donnant l'impression qu'il y a deux guitares et une contrebasse tout en restant au service de la chanteuse ou du chanteur (oui ça existe...) Évidemment l'idéal est de jouer sur une Archtop genre ES 175 avec un gros son et des cordes filées plats pour un bon rendu sonore. J'aime beaucoup ce que fait Martin Taylor dans le genre, et bien sûr Tuck & Patti. Biréli est aussi un expert en la matière, il est capable d'improviser de cette manière sur n'importe quel standard, vu de mes propres yeux et oreilles...
Qu'est-ce que l'expérience de guitariste de studio t'a apporté ? Quelles sont les exigences d'une telle activité ? Sais-tu lire la musique à vue par exemple ?
D'abord une grande précision dans le jeu, souvent peu de notes à faire mais les bonnes si possible, et d'avoir le son qui va s'intégrer nickel dans le mix final. Il faut bien se dire qu'un musicien de studio est souvent au service d'un chanteur ou une chanteuse, voir d'un ensemble de musiciens, donc il y a forcément un travail de préparation en amont qui va permettre le jour de la séance d'être prêt pour la prestation. C'est un peu l'inverse du live, pas vraiment de prise de risque puisqu'on peut recommencer (pas trop quand même), et de s'installer confortablement le temps de peaufiner le son. Ceci étant il ne faut pas perdre de vue le contexte musical dans lequel nous sommes engagés de manière à donner le meilleur de soi même et apporter la touche musicale qu'on remarquera ou pas. Même s'il n'y a pas la magie du live il peut se passer de belles choses en studio aussi. L'ingénieur du son est également important, il faut la relation de confiance mutuelle car il est aussi partie prenante dans le résultat final. Pour ma part je lis assez bien si la partition n'est pas trop noircie (rires) mais le déchiffrage à vue est un exercice difficile car il faut bien choisir tes notes sur le manche en fonction de la tessiture de la partition.
Que demandes-tu aux musiciens avec qui tu joues dans le cadre d'un groupe régulier ? Qu'est-ce que tu attends d'eux du point de vue musical et humain ?
Une question primordiale ! Je suis très sensible à la personnalité du musicien qui se reflétera forcément dans sa façon de jouer et qui aura une influence également sur toi, car le partage se fait aussi au niveau humain et dans la relation de confiance mutuelle. Ce que je recherche avant tout c'est l'interactivité et la musique manouche s'y prête bien. Il y a tellement de musiciens qui jouent pour eux sans se soucier de ce qui passe autour, alors que l'écoute des autres musiciens est primordiale. Tous les grands te le diront, il y a des associations qui fonctionnent, d'autres pas du tout, mais c'est d'abord sur le plan humain et souvent pour des problèmes d'ego entre eux, que la bât blesse. L'humilité, quel que soit ton niveau doit rester la règle, et ça règle tes problèmes existentiels (rires) du moins dans la musique. Je crois que la sagesse arrive avec l'expérience et les différentes rencontres, c'est tout le mal qu'on peut souhaiter à chacun d'entre nous.
A propos de musicalité, dans les enregistrements que j'ai pu entendre de toi, j'ai senti une recherche au niveau du son, et au niveau des notes. Est-ce que la musicalité représente un objectif pour toi ? Qu'est-ce que c'est que cette fameuse musicalité d'ailleurs ?
La musicalité doit rester l'objectif de tout musicien, quel que soit son niveau. Je préfère un musicien qui joue peu de notes mais avec conviction qu'un super technicien qui n'a rien à dire et qui se perd en bavardage inutile. Malheureusement dans le style manouche, c'est souvent la course aux notes et aux tempos démoniaques, initié, il faut bien le dire, par la vague actuelle des musiciens pratiquant cette musique. Je trouve un peu dommage de privilégier la vitesse au détriment du lyrisme et de la musicalité. Django ne jouait vite que quand le morceau se prêtait à l'exercice. Réécoutons les vieux enregistrements et nous nous apercevons que la vitesse n'est pas la priorité.
Toi qui as été l'heureux propriétaire d'une guitare Busato (récemment revendue à Thomas Dutronc) que l'on peut entendre sur ton MySpace, peux-tu nous parler de cette guitare relativement mythique ? Est-ce que c'est une guitare facile à jouer ou bien nécessite-t-elle un apprentissage ? En quoi a-t-elle influencé ta façon de jouer du jazz manouche ?
Effectivement j'ai possédé cette guitare mythique qu'est la Busato pendant de nombreuses années, je l'avais dégotée à l'époque où le jazz manouche n'avait pas le vent en poupe, et personne n'en voulait. Il faut dire que son manche en aurait rebuté plus d'un (n'est ce pas Paulo ?). Je m'en servais pour jouer les mélodies corses avec le SON ! En toute objectivité je n'ai jamais entendu une guitare sonner comme ça et j'ai eu entre les mains plusieurs fois des Selmer, je parle même pas des Favinos, des Di mauro qui sont très courantes en Corse, ce qui n'enlève rien à ces guitares bien sûr mais aucune n'a eu la profondeur et la présence de cette Busato.
Aujourd'hui je possède également une Dupont MD50, qui est très bien mais ça n’a quand même rien à voir, elle sonne assez métallique comme la plupart des manouches actuelles, il lui faudra quelques années avant de trouver un réel équilibre sonore. La Busato c'est une âme, la moindre note se transforme en plaisir pour les oreilles, la dynamique est exceptionnelle, et malgré tout elle est jouable (enfin pour moi). Mais ne la jouant plus j'ai décidé de la vendre, plutôt que de la laisser dans son étui condamnée à se taire. C'est le luthier Joël Laplane, à Marseille qui s'est chargé de la vendre. Maintenant elle est entre de bonnes mains et je suis sûr que Thomas (mon voisin en Corse) en fera bon usage, c'est tout le mal qu'on peu lui souhaiter. Elle aura encore de beaux jours devant elle et elle continuera à charmer les oreilles.
Comment concilies-tu ton métier dans le milieu de la médecine avec la musique ? As-tu une approche "médicale" de la guitare et de la musique ? :) Comment gères-tu ton temps ?
L'approche médicale de la guitare, c'est le fait de jouer qui peut constituer une thérapie (rires). Pour la gestion de mon emploi du temps je m'arrange toujours (on a que le temps qu'on s'accorde) pour pratiquer régulièrement. De plus ma compagne adore la musique (elle joue du piano) donc j'ai pas de soucis de ce coté.
En ce moment je joue dans un quartet (qu'on peut écouter sur mon MySpace) composé d'un accordéoniste, d'un batteur, d'un contrebassiste et de moi-même, nous reprenons les standards de jazz et bossa ainsi que quelques chansons françaises en instrumental, notre culture quoi... L'accordéon est étroitement lié à ce style de musique, Django lui-même a commencé par accompagner des accordéonistes. Les valses swing sont issues de la double culture jazz et musette. Nougaro a parfaitement illustré ce dilemme dans le "Jazz et la java". Nous répétons une fois par semaine assez tard le soir pour arranger tout le monde.
Anouman est le titre d'une musique signée Django, d'une harmonie très riche, sans doute moins connue que d'autres. Que représente-t-elle de particulier pour toi pour que tu aies choisi d'en faire ton pseudo sur les forums et sur ton MySpace ?
D'abord une superbe composition du maître, assez méconnue mais qui reflète à mon sens tout son génie dans l’art de composer de superbes mélodies, de la même trempe que Nuages ou Tears même si c’est plus dur à siffler (rires). J’ai choisi ce pseudo parce qu’il illustre bien ce que j’aime, de belles harmonies, un tempo lent, un thème génial typiquement reinhardtien avec ce petit plus dans la mélodie du thème qui invite à une écoute attentive, presque comme une prière dédiée à la musique.
Est-ce qu'il y a un sujet que je n'ai pas abordé dont tu voudrais parler ?
Simplement de te remercier de m'avoir donné un peu de ton temps, en espérant que ma modeste contribution à cette interview puisse apporter une petite pierre de plus à l'expérience de chacun d'entre nous, et souhaiter à tous les musiciens de faire de belles rencontres, pour enrichir leur vécu.
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